Journée Internationale des Droits des Femmes (8 mars 2014)

Jakarta, le 7 mars 2014

Invest in women !

par S.E. Mme Corinne Breuzé, Ambassadeur de France en Indonésie

Ce samedi 8 mars sera célébrée sous l’égide de l’Organisation des nations unies la Journée internationale des droits des femmes. Cette date permet chaque année d’attirer l’opinion internationale sur la situation des femmes dans le monde. En tant qu’ambassadeur de France en Indonésie, mais surtout en tant que femme, je suis particulièrement sensible à cette problématique.
Si l’égalité juridique entre hommes et femmes est garantie dans de nombreux pays, notamment dans la Constitution indonésienne, elle demeure un acquis tardif : les femmes n’ont accédé au droit de vote qu’en 1944 en France. Cette égalité doit même protégée aujourd’hui encore, en témoignent les vifs débats ayant précédé l’adoption d’un nouveau statut de la femme en Tunisie. En cette Journée internationale des droits des femmes, l’Indonésie n’échappe pas au bilan : dans le plus grand pays musulman du monde, le statut et la condition de la femme revêt une symbolique forte.

Hilary Clinton disait en février 2009 à Jakarta, devant un parterre d’universitaires, de journalistes et de militants des droits des femmes : « si vous souhaitez savoir si islam, démocratie, modernité et droits des femmes peuvent coexister, venez en Indonésie ». Cinq ans après cette déclaration, ce constat paraît toujours pertinent, même si l’Indonésie fait face aux mêmes défis que beaucoup de pays sur la planète. Comme la France, l’Indonésie peut réaliser des progrès encore plus importants.

Le renforcement de la participation politique des femmes et de leur accès aux plus hautes responsabilités doit se poursuivre. L’Indonésie s’honore d’avoir été le deuxième pays d’Asie du Sud-est à élire une femme présidente de la République, alors que d’autres grands pays démocratiques tels que les Etats-Unis, la Russie ou la France n’ont jamais eu de femme chef d’Etat. 18% des parlementaires sont des Indonésiennes et cette proportion devrait encore s’accroître lors des élections à venir, en phase avec l’objectif de 30% fixé dans les conventions internationales. Surabaya, deuxième ville du pays, est dirigée par une femme, qui s’est vue distinguée au niveau international pour son action. Il est nécessaire que les femmes s’invitent sur le devant de la scène politique : d’expérience, je peux affirmer que la nature du débat politique s’en voit changée, que le dialogue est plus large, plus vivant et que davantage de solutions sont recherchées.

Les femmes doivent également se voir ouvrir les opportunités économiques dont elles sont encore trop souvent privées. En Indonésie, seulement 5% des chefs d’entreprise et 6% des membres des conseils d’administration sont des femmes. Plus généralement, sur 118 millions d’actifs en Indonésie, les femmes ne sont que 45 millions, soit 38%. Ce déséquilibre est un handicap sérieux pour l’autonomie des femmes : comment exercer ses droits sans accès aux ressources de l’économie ? Tout le monde perd à se priver des femmes : les obstacles à leur participation au marché du travail coûtent selon l’ONU aux pays de l’Asie-Pacifique 89 milliards de dollars chaque année. On estime que la perte causée au PIB par l’inégalité entre hommes et femmes atteint 9% aux Etats-Unis et 13% en Europe. En considérant 135 pays, plus d’égalité hommes-femmes dans un pays est systématiquement associé à une meilleure croissance et une meilleure productivité.

Il s’agit surtout de garantir les droits des femmes partout et tout le temps et d’assurer leur intégrité physique et morale par le respect des lois et conventions internationales. Le gouvernement indonésien a pris de nombreuses mesures pour protéger les droits des femmes, y compris en adoptant une « politique nationale de tolérance zéro » contre les violences faites aux femmes. La société civile indonésienne et les ONG luttant pour l’égalité entre hommes et femmes se montrent particulièrement actives. Les textes de lois discriminatoires, notamment locaux, doivent être révisés afin d’atteindre une protection effective des droits des femmes : la démocratie indonésienne s’en trouvera renforcée. La protection des femmes passe également par un meilleur accès à l’éducation ; les filles qui achèvent leurs études secondaires sont ensuite mieux protégées face à de nombreux facteurs de risques.

L’Indonésie est aujourd’hui scrutée par une bonne partie du monde : les Indonésiennes le seront plus que d’habitude en cette journée du 8 mars. Pour devenir la septième plus importante économie du monde d’ici à 2030 comme l’ambitionne l’Indonésie, j’ose affirmer que cela passera par la capacité de l’économie indonésienne à tirer profit de toutes les compétences et talents disponibles ; sans plus attendre, invest in women !

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Afin de marquer la Journée Internationale des Droits des Femmes, le personnel féminin de l'Ambassade s'est réuni autour de Mme Corinne Breuzé, Ambassadeur de France, le vendredi 7 mars 2014. - JPEG

Dernière modification : 27/01/2015

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