Käfig en visite à Kinahrejo : La renaisssance d’un village à l’ombre du volcan Merapi

La compagnie Käfig est allée à la rencontre des enfants et villageois de Kinahrejo, un village qui renaît petit à petit après l’éruption du volcan Merapi d’octobre 2010, le 17 mai 2011.

Danse « Jatilan » devant le Merapi. - JPEG La compagnie Käfig est de passage à Yogyakarta du 15 au 20 mai 2011, entre les dates hong-kongaises et jakartanaises de leur spectacle « Boxe Boxe », une tournée soutenue par l’Institut français. La compagnie de Mourad Merzouki participe ainsi à un atelier à l’école des Beaux Arts de Yogyakarta (ISI : Institut Seni Indonesia) et rencontre la Jogja Hip Hop Foundation, tout juste de retour de sa tournée aux États-Unis.

Sur fond de volcan

Atelier de la compagnie Käfig (photo : Käfig). - JPEG Le moment fort de cette visite a été la rencontre avec les villageois et les enfants de Kinahrejo. Après un parcours autour du village au cours duquel les habitants leur ont expliqué les conséquences de l’éruption du volcan Merapi (1, les treize membres de la compagnie ont assisté à deux représentations de danse traditionnelle de transe « Jatilan », avant une petite démonstration finale de hip hop. Le tout avec pour décor naturel de fond le volcan Merapi.

La matinée a été clôturée avec la plantation de trois arbres par les villageois et la compagnie Käfig, une opération financée par la banque Panin. Au total, ce sont cent cinquante arbres qui seront offerts par la banque Panin au village, dans le cadre du reboisement de leur site.

Cette expérience participe d’une volonté importante du Centre culturel français de Yogyakarta de lier les tournées des artistes français avec une meilleure compréhension, malgré le temps limité, des problématiques et réalités sociales, culturelles et économiques des personnes et artistes rencontrés localement.

- Pour terminer leur présentation dans le village de Kinahrejo, les membres de Kafig ont dansé sur une chanson de la Jogja Hip Hop Foundation :

- Chanson : Sinom 231 Surat Centhini (Kill the DJ feat Silir Pujiwati) ...Jogja Hip Hop Foundation (c) Eno Dewati, LIP/CCF Yogyakarta

La renaisssance d’un village

Introduction de la présentation du village de Kinahrejo par l’écrivaine et journaliste, Elisabeth D Inandiak, le 12 mai 2011 :

Situé à 1 100 mètres sur les pentes du volcan Merapi, à 4,5 kms du cratère, Kinahrejo est un village sacré. C’est là qu’habitait le gardien du volcan nommé par le sultan de Yogyakarta pour conduire les offrandes annuelles au Merapi : « Kinah », l’arbre à quinine qui poussait jadis à profusion tout autour du village, au milieu d’une forêt de pins et de bambous.

Le 26 octobre 2010, Kinahrejo a été anéanti par une éruption qui a tué le gardien du volcan ainsi que plus d’une trentaine de villageois. Deux mois après l’éruption, les habitants de Kinahrejo remontent pour la première fois dans leur village, ou du moins ce qu’il en reste : rien. Toute la forêt est calcinée, les arbres déracinés, les troncs et les arbres projetés à terre comme d’immenses épaves végétales, les maisons éventrées sont englouties sous deux mètres de sable noir. Les rivières et torrents sont soit comblés par les roches volcaniques encore fumantes, soit profondément creusés en des ravins vertigineux.

Les femmes du restaurant de Kinahrejo. - JPEG

Grande émotion pour les villageois qui cherchent l’emplacement de leur maison sur cette terre sinistrée, balayée par un vent violent que plus aucun obstacle n’arrête. Une femme brandit le seul objet qu’elle a retrouvé dans le sable et les cendres : un « wajan », large poêle à frire qui résiste à l’huile bouillante et qui a résisté au feu du volcan. Et Pak Margo ne déterre lui aussi qu’une seule chose des ruines de sa maison : « Pentul », son masque de jatilan, une danse de transe dont les danseurs chevauchent des chevaux de bambou.

Idée folle

C’est ainsi de ces retrouvailles inespérées avec ce masque de clown et cet ustensile de cuisine essentiel pour toute famille javanaise que les femmes de Kinahrejo vont avoir l’idée folle de monter un restaurant au sommet du sommet, sur le site même de l’éruption. Pour surmonter le traumatisme, elles savent intuitivement qu’elles doivent se remettre au plus vite au travail… et sur le lieu même de la tragédie. « Nous ne devons pas nous voiler la face avec nos larmes, nous devons sécher nos larmes dans le vent du volcan et regarder la réalité en face, telle qu’elle est », raconte une des femmes.

Les tables et les bancs sont taillés par les hommes de Kinahrejo dans les arbres morts, trouvés sur place. A l’entrée, une « installation » d’ustensiles de cuisines rescapés de l’éruption surmontée de l’enseigne du restaurant : un dessin de Heri Dono, un des plus grands peintres contemporains indonésiens, représentant le volcan, le ventre ouvert, rempli de tables et des chaises, sorte de bureaucratie volcanique, réplique de la bureaucratie palatine au centre de Yogyakarta, puisque le volcan Merapi est perçu comme un deuxième palais. Au-dessus, une arène avec des gradins en bambou et une petite scène pour les représentations de Jatilan. En fond de scène : le volcan Merapi, majestueux et magnanime.

Programme de reboisement

Parallèlement au restaurant, les habitants de Kinahrejo ont lancé un programme de reboisement sur les 40 hectares de leur village dévasté, dont la terre s’avère encore plus fertile après l’éruption. En moins de trois semaines, beaucoup de bananiers ont repoussé spontanément dans le sable noir, encore brûlante à certains endroits. L’éruption a brûlé 867 hectares de forêts sur les pentes du Merapi, côté Yogya, dont les 40 hectares de Kinahrejo.

Avec ce programme de reboisement, les gens de Kinahrejo souhaitent :

- réaffirmer leur droit de propriété sur leurs terres. Bien qu’ils ne puissent plus habiter sur leurs terres, elles continuent à leur appartenir ;

- réhabiliter leur « zone sinistrée » en forêt productive et en pâturage pour leurs vaches (ils étaient avant l’éruption d’importants producteurs de lait pour une grosse industrie indonésienne de lait en poudre, Sari Husada, rachetée en 2007 par Danone) ;

- réparer la destruction de la forêt causée ici, non pas par les hommes, mais par la nature même, le volcan, et transformer leur ancien village en grand verger.

Elisabeth D Inandiak.


- Photos : Fondation LokaLoka.

Liens utiles :

- Compagnie Käfig

- Institut français

- Centre culturel français de Yogyakarta

- CCF de Jakarta


Cet article est également publié sur le site JPEG

Dernière modification : 01/06/2011

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