Timor oriental : le patrimoine audiovisuel comme outil de construction d’une nation

La richesse culturelle des archives audiovisuelles n’est plus à prouver, comme en témoigne la reconnaissance par l´UNESCO de leur valeur patrimoniale. Les archives audiovisuelles sont des traces essentielles de l’histoire, de l’identité d’un pays. Elles nous aident à comprendre le monde et à mieux appréhender l’avenir. Elles sont cependant en danger, menacées par de nombreux facteurs de dégradation d’origine naturelle, humaine, ou technique. Trouver les moyens de leur préservation est donc essentiel. Dans un pays jeune et fragile comme le Timor oriental, ce patrimoine peut jouer un rôle moteur dans le développement d’une mémoire collective sans laquelle la paix ne peut se construire.


Le Timor oriental, une mémoire à construire

Colonie portugaise pendant près de 400 ans, et sous occupation indonésienne durant 25 ans, le Timor oriental est devenu indépendant le 20 mai 2002. Lors des violences qui ont fait suite au vote pour l’indépendance du 30 aout 1999, une grande partie des témoignages matériels de l’histoire du pays ont été détruits, perdus, ou dégradés.

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Reprise des cours à l’école Fatu Ahi (Dili, mars 2000)
© UN/Eskinder Debede

Le Timor oriental est aujourd’hui engagé résolument dans un processus de construction de la paix et de renforcement de l’Etat, et de réconciliation avec l’Indonésie. Dans un pays où près de la moitié de la population a moins de 17 ans, et où le système éducatif reste fragile, des outils pédagogiques doivent être mis en place afin d’aider la jeunesse à mieux comprendre les sacrifices de leurs aïeux lors de la Seconde Guerre Mondiale, et lors la lutte pour l’indépendance, aussi bien durant la période coloniale portugaise que l’occupation indonésienne. Ce travail de mémoire est fondamental pour permettre à la jeune nation Est-Timoraise d’envisager son avenir avec sérénité.

Depuis 2002, le gouvernement a pris plusieurs initiatives pour valoriser l’histoire du pays et la mémoire collective auprès des jeunes ; notamment avec l’inauguration le 20 mai 2012 du Musée des Archives et de la Résistance timoraise, principal lieu d´exposition, de transmission et d’échange sur l’histoire du Timor oriental.

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Inauguration du Musée de la résistance, par le Premier Ministre, Xanana Gusmao (Dili, 20 mai 2012)
© Arquivo & Museu da Resistência Timorense

Le pays dispose également d’une importante collection d’archives audiovisuelles constituée par Max Stahl, un journaliste britannique dont le destin, tout comme celui du Timor oriental, a basculé le 12 novembre 1991 lors de la répression d’une manifestation de jeunes timorais pour l’indépendance au cimetière de Santa Cruz à Dili.

Des archives audiovisuelles pour documenter la naissance d’une nation

Ce jour là Max Stahl est parvenu à filmer et exfiltrer les uniques images des exactions commises par le forces de sécurité indonésiennes qui ont fait près de 270 victimes. Ces images ont permis de sensibiliser l’opinion publique internationale à la cause Est-Timoraise et sur les atrocités commises par les forces de sécurité indonésiennes. Elles ont joué un rôle important pour relancer le dialogue sur l’auto-détermination du peuple du Timor oriental dans les instances internationales. Le massacre de Santa Cruz est aujourd’hui un événement central dans la mémoire collective du Timor oriental, et chaque année ce jour est dédié à la jeunesse. Le cimetière de Santa Cruz est également aujourd’hui un lieu de mémoire et de recueillement pour les hauts dignitaires indonésiens, comme à l’occasion de la visite du Président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono, le 19 mai 2012.

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La manifestation de Santa Cruz, 12 novembre 1991
© Max Stahl

Cette expérience au Timor oriental a profondément marqué le journaliste. Max Stahl a recherché et filmé les survivants du massacre de Santa Cruz pour obtenir leur témoignage. Le résultat de ce travail peut être vue dans son film « In cold Blood : the massacre of East-Timor », primé lors du festival du film documentaire de Barcelone.

Max Stahl est toujours présent dans la vie du Timor oriental où il a choisi de vivre. En 2003, il a fondé le Centre d’Archives Audiovisuelles Max Stahl Timor Leste (CAAMSTL), qui abrite une collection d’archives audiovisuelle d’environ 3 000 heures relatant la naissance de la nation : la lutte pour l’indépendance, la construction de la paix et de l’Etat, la diversité culturelle, et le développement de la société timoraise. Le CAAMSTL forme également les jeunes Timorais aux techniques de l’archivage audiovisuel et du journalisme. Le centre audiovisuel organise de nombreuses projections à travers le pays afin d’engager un dialogue avec les communautés sur la paix et la construction du pays.

Une collaboration entre l’Institut National de l’Audiovisuel et le Timor oriental

En 2008, face aux risques de disparition ou de détérioration de la collection Max Stahl, l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) et le CAAMSTL ont signé un partenariat pour la sauvegarde, la numérisation et la valorisation des images filmées par l’équipe de Max Stahl. Avec l’appui de la coopération française, le CAMSTL et l’INA ont archivé et numérisé près de 500 heures d’images entre 2008 et 2012. Les images les plus anciennes et les plus importantes, dont celles du Massacre de Santa Cruz ont été sauvegardées en priorité afin de stopper leur dégradation. Une sélection de ces images est accessible au public sur le site www.ina.fr et aux professionnels des médias sur le site www.inamediapro.

Max Stahl - JPEG Après cette collaboration fructueuse les deux partenaires sont actuellement en discussion en vue d’une mission d’expertise de l’INA au Timor oriental. L’installation prévue du CAAMSTL dans l’enceinte du Musée de la Résistance devrait offrir de nombreuses possibilités pour mettre en valeur la collection d’archives audiovisuelles et de l’utiliser à des fins éducatives et de recherche.

Symbole de la valeur de ces archives audiovisuelles pour le Timor oriental, l’inscription de la collection Max Stahl au registre « Mémoire du Monde » a été proposée en 2011. Ce programme de l’UNESCO a pour objectif d’améliorer la prise de conscience de la valeur du patrimoine documentaire, y compris du patrimoine audiovisuel de par le monde. Le CAMSTL a par ailleurs été nominé en 2012 pour l’Award du « Best Preservation Project », décerné par la Fédération Internationale des Archives de Télévision.

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Liens :
Ambassade de France en Indonésie et au Timor oriental
Institut National de l’Audiovisuel / Inamediapro
Musée des archives et de la résistance Timoraise (AMRT)
Registre « Mémoire du Monde » de l’UNESCO

Dernière modification : 05/10/2012

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