Peine de mort - Évènement « Les journalistes et l’abolition » (Quai d’Orsay, 10 octobre 2016) [id]

A l’occasion de la journée mondiale contre la peine de mort et en cette année très symbolique où nous célébrerons le trente-cinquième anniversaire de l’abolition en France, le ministère des Affaires étrangères et du Développement international organisait au Quai d’Orsay, le 10 octobre 2016, de 17h à 19h30, un évènement sur le rôle des journalistes dans la diffusion de la culture de l’abolition de la peine de mort.

JPEG Cet évènement, organisé en partenariat avec France culture, l’Association Ensemble contre la peine de mort, l’Organisation internationale de la Francophonie et le Conseil national des Barreaux, a notamment été marqué par la remise de prix aux lauréats d’un concours international organisé cette année à destination d’étudiants francophones en journalisme, en présence de Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux et ancien Président du Conseil constitutionnel.

Un plateau radiophonique animé par la journaliste de France Culture Nadine Epstain a permis d’échanger autour du témoignage de deux anciens condamnés à mort, Suzan Kigula (ougandaise) et Ndumé Olatushani (américain).

L’évènement s’inscrivait dans le cadre de la campagne « EU for Human Rights » lancée par Stavros Lambrinidis, Représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’Homme, qui participera également à l’évènement (hashtag #EU4HumanRights).

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Programme

16h30 – 17h00 : accueil du public au Quai d’Orsay en Grande Salle à Manger
L’entrée se fera par le 37, quai d’Orsay, 75007 Paris, muni d’une pièce d’identité.

17h00 – 17h45 : interventions d’ouverture
Mots d’accueil de Patrizianna Sparacino-Thiellay, ambassadrice pour les droits de l’Homme

  • Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international
  • Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux et ancien Président du Conseil constitutionnel
  • Stavros Lambrinidis, Représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’Homme (intervention en anglais – traduction simultanée)

17h45 – 18h00 : remise des prix du concours d’étudiants francophones en journalisme sur la situation internationale de la peine de mort

  • Annonce des lauréats par Raphaël Chenuil-Hazan, Directeur général de l’association Ensemble contre la peine de mort
  • Remise des prix par Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du développement international et Robert Badinter
  • Photo de famille

18h00 – 18h15 : présentation des productions des lauréats du concours
Par Tidiane Dioh, Responsable des programmes médias à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Diffusion des deux reportages audio lauréats du concours

18h15 – 19h15 : débat autour de deux « grands témoins » de la peine de mort
Plateau radio animé par Nadine Epstain, journaliste à France Culture, avec la participation de :

  • Raphaël Chenuil-Hazan, Directeur général d’Ensemble contre la peine de mort
  • Suzanne Kigula, Ougandaise, condamnée à mort et libérée en janvier 2016 après seize ans de prison
  • Ndumé Olatushani, Américain, condamné à mort libéré en 2012 après vingt-huit ans de prison, dont vingt dans les couloirs de la mort

Interventions en anglais, traduction simultanée

19h15 – 19h30 : Intervention de clôture

Maître Richard Sedillot, Vice-Président de la Commission des Affaires Européennes et Internationales du Conseil National des Barreaux.

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Les grands témoins

À l’occasion de la 14e Journée mondiale contre la peine de mort, Ensemble contre la peine de mort (ECPM) a convié en France deux témoins rescapés des couloirs de la mort. Suzan Kigula (Ouganda) et Ndume Olatushani (États-Unis) ont accepté de participer pendant une semaine à nos actions de sensibilisation des scolaires.

Ils interviendront donc dans des collèges et lycées, tout au long de la semaine du 10 au 14 octobre.

Suzan Kigula - Ex-condamnée à mort, a fait des études de droit en prison - Ouganda

JPEG Parfois nommée « prisonnière la plus connue d’Ouganda », Suzan Kigula a passé 16 ans en prison, dont 14 dans les couloirs de la mort. Elle a très récemment été libérée, en janvier 2016.

Pendant son incarcération, Suzan Kigula a fondé une école avec le soutien des services pénitentiaires ougandais, s’y est inscrite, et en a finalisé le cursus avec les honneurs. Puis African Prison Project l’a choisie et a parrainé ses études par correspondance à l’université de Londres.

Suzan a mené une pétition pionnière devant les tribunaux constitutionnels ougandais, connue sous le nom de « Suzan Kigula et les 417 autres ». Cette pétition a permis d’établir que la peine de mort automatique est contraire à la Constitution ougandaise.


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Ndume Olatushani - Ex-condamné à mort, devenu artiste peintre et dessinateur - États-Unis

JPEG Ndume Olatushani a 56 ans. Il a passé 27 ans en prison, dont 19 dans les couloirs de la mort dans le Tennessee, pour un crime qu’il n’a pas commis. En 1983, il a été accusé de meurtre lors d’un braquage et condamné à mort.

Après d’innombrables appels, en 2004, sa peine a été commuée en une peine de prison à perpétuité. Il a été libéré après avoir saisi le plaidoyer Alfort : il a ainsi pu être libéré immédiatement, en 2012, mais a dû renoncer à faire reconnaitre son innocence.

Il a participé au projet culturel Windows on Death Row et travaille à présent dans une association dédiée à la défense des enfants américains.


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Discours de Jean-Marc Ayrault en ouverture de l’évènement

"[…] La lutte contre la peine de mort est un combat politique et moral qui traduit une certaine conception de la justice et de l’Homme. Elle est donc un enjeu de civilisation. Mener ce combat, pour nous, c’est un impératif absolu.

La peine capitale, nous l’affirmons, est une inhumaine et également inefficace. Loin de protéger les hommes, elle est la négation de l’humanité. Loin d’être protectrice de leur sécurité, elle repose sur la peur, la violence et la mort.

Les arguments sont connus mais, face aux préjugés, il est essentiel de les rappeler, inlassablement. Il est d’autant plus nécessaire de le faire que la tentation existe d’invoquer par exemple la menace terroriste pour justifier l’application de la peine de mort. C’est ce que l’on peut entendre, encore modérément, en particulier en Europe, mais attention, c’est un piège. C’est un piège dans lequel certains veulent nous entraîner. Rien ne justifie la remise en cause des droits de l’Homme, qui sont universels et qui transcendent toutes les vicissitudes.

Et quand on voit dans des opérations de propagande morbide les terroristes exécuter en direct, montrant par l’image leur acte, ce serait pour eux une victoire si nous les suivions un peu sur le même chemin en rétablissant la peine de mort dans nos sociétés qui sont menacées justement par eux. Alors que leur but c’est la destruction de ce que nous sommes, la destruction du haut niveau de civilisation pour lequel nous nous battons.

Et, donc, nous le savons et le réaffirmons, face à la haine et à la violence aveugle du terrorisme, la peine capitale est impuissante. La guillotine, pas plus que la pendaison, la décapitation, l’injection létale ou la fusillade, ne protège. La peine de mort n’est jamais, en aucun cas, gage de sûreté contre des individus décidés à mourir pour leur cause. Elle est la solution de facilité pour toute société qui se laisserait dominer par la peur.

La justice doit rester la justice. La peine de mort n’est pas la justice. Verser le sang face au sang versé est une tentation irrationnelle. Le recours à la violence d’État n’arrêtera jamais le crime, je l’affirme encore une fois avec conviction.

Naturellement qu’il n’y ait aucun malentendu, certains voudraient le faire croire, cela n’empêche en aucune façon la fermeté absolue dans la réponse au terrorisme. L’abolition universelle de la peine de mort porte un espoir et un message de confiance dans nos sociétés, dans nos démocraties et je suis sûr en effet que les peuples sont profondément convaincus, si on prend la peine d’expliquer pour convaincre, de la justesse et de l’universalité des droits de l’Homme. Et c’est précisément cette conception de la société que visent, encore une fois, les terroristes.[…]"

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Label « EU for Human rights »

Cet évènement est labellisé dans le cadre de la campagne « EU for Human rights » (#EU4humanrights) lancée par le Représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’Homme, Stavros Lambrinidis, qui prévoit qu’en 2016 chaque Etat membre de l’Union européenne organise un événement de haut niveau sur l’une des priorités du plan d’action de l’Union européenne sur les droits de l’Homme et la démocratie.

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Les lauréats du concours

Dernière modification : 12/10/2016

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