Solange Triger peint ses fleurs au CCCL de Surabaya

Un vent de fraîcheur et tout en couleurs à Surabaya : Solange Triger dépose ses "Fleurs" sur les murs de la galerie du Centre culturel et de coopération linguistique.

Valéria, stagiaire au Centre culturel et de coopération linguistique (CCCL) de Surabaya, a rencontré l’artiste française Solange Triger.

Solange Triger à l'œuvre. - JPEGSolange Triger est arrivée à Surabaya (Indonésie) le 19 juin, en pleine saison sèche. Ce climat s’accorde plutôt bien avec sa série « Fleurs », inspirée par la végétation du Sud de la France. La découverte de l’environnement floral indonésien à l’odeur très puissante a renouvelé l’inspiration de l’artiste. Comment revisiter le thème des fleurs ? Solange s’est prêtée à un échange pour répondre à ces petits recoins de mystère peints en bleu.

Solange Triger nous (r)amène sur les terres de la peinture, cette "matière concrète" qu’il faut d’abord apprivoiser et qui offre ensuite des surprises : «  La peinture transforme le sujet. On se perd dans la fleur, on ne sait plus comment elle prend forme et ensuite on introduit une abstraction dans la figuration ». La série « Fleurs » rencontre des points communs avec son expérience globale en Indonésie.

Solange Triger. - JPEGRésidence en Indonésie

L’adaptation est le premier mot qui lui vient en tête. Un espace de travail d’un continent à l’autre change les perspectives et les moyens. Alors, quand il faut se rabattre sur de la peinture industrielle à défaut de matériel adapté, Solange Triger ne s’arrête pas à ces détails. La transformation et la métamorphose de "ses" fleurs étaient, quoi qu’il en soit, son thème phare, son objectif, mais les contraintes étaient présentes, notamment la nuit qui tombe très tôt, ce qui limite les heures de création. Rapidement le travail devient un va-et-vient, il faut réinventer une façon de travailler, s’adapter. Quelque part ce rythme quotidien lui semble être en parallèle avec le rythme de vie indonésien. On entend justement l’appel à la prière durant l’interview. Cette expérience a enrichi l’artiste qui repartira avec l’impression de ne pas être restée sur ses acquis.

Contacts avec les artistes locaux

L'atelier de Solange Triger. - JPEGSolange s’exprime facilement sur les différences culturelles dans le travail, dans les influences et dans le traitement de l’image entre l’Orient et l’Occident. De façon générale, la manière d’aborder le travail n’est pas construite sur les mêmes bases. Le rapport à l’image lui semble très fort en Indonésie. Le rapport à la matière, lui, s’oublie un peu. Invitée, dès son arrivée, à aller inaugurer une exposition à Batu (petite ville dans les collines, à trois heures de route de Surabaya), Solange a pu rencontrer des artistes reconnus et rester vivre avec eux quelques jours.

Le travail de l’artiste Andri Suhelmi Soeid a étonné Solange : ses œuvres réalistes, inspirées d’autres artistes, lui semblent relever d’un style plus technique qu’émotionnel. Celles d’Hendoeng Tunggal Djati, s’inscrivent aussi dans un cadre de travail particulier. Toujours dans un mouvement de technique précise et aux influences proches du surréalisme, Koeboe Sarawan a présenté ses œuvres à Solange. Il exposera en novembre 2011 à la Galerie nationale, à Jakarta.

Rencontre avec des étudiantes indonésiennes. - JPEGMais l’artiste qui a le plus intrigué et le plus suscité l’intérêt de Solange Triger est sans conteste Watoni. Artiste à part, son inspiration assurée dévoile un grand talent. Il soutient à travers ses œuvres, la cause des enfants battus par leur mère. Symbole silencieux d’une violence muette, il travaille dans un atelier aux petites dimensions, pour mieux cultiver ce talent.

Solange a aussi pu rencontrer Hery Poer, dans une petite maison aux alentours de Batu, et Decky, son hôte durant son séjour là-bas, lui a fait visiter non seulement les chutes d’eau de Batu mais plein d’autres ateliers d’artistes. Elle est très reconnaissante à Decky qui lui a offert son hospitalité et son temps. Elle garde de cette expérience un souvenir particulier.

L’art indonésien : quel milieu ?

La première interrogation de Solange était claire « Et où sont les femmes ? », ce qui a eu le don de faire rire les artistes javanais. Mais où sont-elles donc ? Après quelques discussions et réflexions à ce sujet, Solange confirme que la femme est bel et bien moins présente dans la société artistique javanaise. La question plane encore pour elle. Et finalement, en parallèle, quand Solange Triger demande : « Qu’est-ce que la peinture indonésienne ? », Koeboe Sarawan lui apporte des peintures de sa grand-mère, encore délimitées à la cire. C’est le "fantôme" de l’art traditionnel indonésien, mais qui a semblé beaucoup plaire à Solange Triger. L’impression de Solange se pose de nouveau sur ce sujet d’adaptation : les conditions ne sont pas faciles pour travailler, mais ces artistes continuent quand même à faire ce qu’ils ont à faire. Et pour évoquer la différence culturelle, la communication dans leur travail semble introvertie du point de vue de Solange, elle paraît moins critique que sur le territoire occidental. En tant que femme, elle aura tout de même reçu d’eux des commentaires qui soulignent avec sincérité sa force et son aura.

Toile de Solange Triger. - JPEG"Une expérience très enrichissante, qui soulève des questions." Sa résidence au CCCL lui a permis d’observer des vies d’artiste différentes et d’aborder le travail d’une autre manière. Puisque l’important quand on est artiste, c’est avant tout de savoir se réinventer, penser et innover dans son travail. A l’issue de près de cinq semaines en Indonésie, dont quatre sur l’île de Java et une à Bali (où elle sera reçue par l’Alliance française de Denpasar), "C’est tout ce qui va se passer dans l’atelier en France qui sera intéressant : la décantation, et l’expérience qui va ressurgir", confie finalement.


Cet article est également publié sur le site JPEG

Dernière modification : 13/07/2011

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