Syrie : conférence de presse du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius (Paris, 13 juin 2012)

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Mesdames et messieurs, merci d’être présents cet après-midi au quai d’Orsay. En liaison avec le président de la République et le premier ministre, j’ai souhaité vous faire une déclaration sur la situation en Syrie.

La Situation en Syrie a pris un tour encore plus grave et abominable que jusqu’alors. Nous sommes en particulier informés que des enfants servent désormais de boucliers humains au régime. Ils sont placés devant des camions et des chars, torturés, violés et assassinés. Tous les jours, des dizaines et des dizaines de Syriens meurent sous les coups du régime sanguinaire de M. Bachar Al-Assad. Dans ces conditions, la France a décidé de renforcer son dispositif et ses positions pour contrer ce régime de mort et de sang.

Ce dispositif passe en particulier par quatre séries de mesures.

D’abord, nous voulons renforcer la pression sur le régime de Damas en aggravant les sanctions. Je prends immédiatement contact avec mes collègues européens ainsi qu’avec Mme Ashton pour proposer que nous adoptions, dès la toute prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères, un nouveau train de sanctions qui soit encore plus dur. Il faut cette fois des sanctions qui touchent non seulement M. Bachar al-Assad et sa clique, mais aussi les cadres de l’armée et l’ensemble des soutiens à Assad. Un message est donc passé, très clair, à ceux qui prêtent la main aux opérations de répression. Il faut qu’ils sachent qu’au-delà des principaux responsables de la répression qui sont déjà visés - Assad et les différents chefs de service de la sécurité - une liste de responsables intermédiaires va être préparée, et qu’ils devront être poursuivis devant la justice.

Prenant cette position, je veux lancer ici un appel à tous les Syriens qui doutent, ou qui sentent que cette politique criminelle ne peut que conduire à plus de chaos. Il faut qu’ils comprennent que le seul avenir est dans la résistance à l’oppression, que l’heure du choix est arrivée, qu’il faut qu’ils quittent ce navire.

Deuxièmement, nous proposons de rendre obligatoires les dispositions du plan de Kofi Annan. Ce plan rencontre des difficultés évidentes. Nous avons aujourd’hui entendu la Chine exprimer sa vive préoccupation. Il faut que le Conseil de sécurité passe à la vitesse supérieure, et place sous chapitre VII - c’est-à-dire rende obligatoires - les dispositions du plan Annan.

Je rappelle que le plan Annan comprend notamment l’arrêt des violences, le retrait de l’armée des villes, l’acheminement de l’aide militaire ; en bref, tout ce qui rendra possible l’amorce d’une transition politique en Syrie et donc le départ de Bachar Al-Assad. Il faut que, désormais, les dispositions de ce plan soient rendues obligatoires.

Troisièmement, il faut aller plus loin dans le dialogue avec les puissances internationales qui sont capables d’influence. C’est le sens de notre dialogue avec la Russie et de nos contacts avec les principaux partenaires du Conseil de sécurité, et de la région. C’est aussi le sens de nos efforts pour que l’opposition, qu’elle soit extérieure ou intérieure, soit à la hauteur de l’enjeu en s’unissant et en offrant une alternative crédible.

Nous, Français, soutenons l’idée d’un Groupe de contact proposé par Kofi Annan. Nous sommes favorables à toutes les initiatives qui conduiront à la mise en œuvre de ce plan. Ce qui compte, c’est de faire cesser le massacre et d’engager la transition.

Enfin, quatrième disposition, nous avons d’ores et déjà lancé les invitations à plus de 140 pays et groupes pour réunir le 6 juillet prochain la Conférence des Amis du peuple syrien, et nous multiplierons les contacts avec l’opposition. Il faut montrer à l’opposition qu’elle n’est pas seule. En début de semaine, je me suis adressé au nouveau président du Conseil National Syrien, M. Sayda, et je lui ai apporté l’appui de la France. Je suis et serai également en relation, dans les heures qui viennent, avec les opposants de l’intérieur avec qui nous n’avons jamais perdu le contact, même si, en prenant ce contact, ils savent qu’ils exposent leur vie.

Ce dont il s’agit, mesdames et messieurs, c’est d’encourager l’opposition à se structurer, à se fédérer, à s’organiser de manière à ce qu’elle constitue une force légitime, capable de préparer l’après Bachar Al-Assad.

Par ma voix cet après-midi, la France entend être à la pointe de l’action contre Bachar Al-Assad et contre les crimes dont il aura à rendre compte.

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Dernière modification : 15/06/2012

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